Anne-Cécile Esteve
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Mue

Pour les femmes qui traversent un cancer du sein, le travail de reconstruction est un cheminement personnel long et difficile. Au-delà du combat contre la maladie, le changement corporel est souvent un traumatisme psychique.

Ces séances de prise de vue sont le fruit d’un échange entre une chirurgienne en lutte contre la banalisation du cancer du sein et une photographe pour qui la photographie peut être un outil permettant de travailler sur l’image de soi.

Les portraits qui en résultent sont autant un accompagnement vers la réconciliation avec son corps qu’une revendication au droit de se sentir femme après la maladie.

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Magali

Il y a le deuil du corps avec le sein qu’on enlève mais il y a aussi tout un deuil de la vie d’avant, de ce que l’on était avant. On parle de reconstruction mammaire, on parle de reconstruction psychologique mais pour moi, c’est toute une vie qu’il faut reconstruire.

Ma vie s’est écroulée ce jour-là. On sait comment ça s’écroule mais on ne sait comment il faut faire pour reconstruire. Alors en bonne élève, je fais tout ce qu’on me dit de faire, je prends les traitements sans rechigner, je fais du sport quand on me le dit mais au final, ma vie, elle, n’est pas reconstruite.

Ce que je veux, c’est retrouver une vie d’après. Je ne veux pas ma vie d’avant parce qu’il faut que j’ai conscience de tout ce qui peut m’arriver. Mais aujourd’hui, je n’ai pas encore trouvé mes repères. J’ai tout à recommencer avec de nouveaux repères. Une fois que je les aurai, je serai reconstruite. 

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Marie

Il n’y a pas que le sein qui s’en va. Il y a la chute des cheveux; tu te regardes dans la glace, tu as pris 10 ans d’un coup. Tu ne regardes même plus tes seins, tu te caches. J’ai eu l’impression que ma vie s’était arrêtée. J’ai toujours été habituée à me battre mais arrive un moment où on en a ras le bol. J’aimerais bien souffler de temps en temps. 
​J’aurais aimé aimer mon corps. J’ai fini par l’adopter mais sans l’aimer. Aujourd’hui je me dis qu’il faut que je m’occupe de moi pour aller mieux.


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Hélène

Je pensais être soulagée d’avoir fini les traitements mais je me dis que l’après est encore une autre étape. Je me prépare à vivre le reste de ma vie avec cette épée de Damoclès et me dire que ça peut recommencer un jour. Quand on a un cancer, on perd un peu sa vie d’avant et moi j’ai l’impression d’avoir complètement perdu mon insouciance à 39 ans.

Je me suis tellement battue pour montrer que j’étais là. Ce n’était pas facile, j’ai pleuré beaucoup de fois, mais je voulais montrer que l’on peut y arriver, que l’on peut avoir un cancer et être en forme. Je ne me suis jamais dit que j’avais envie de baisser les bras. Au contraire, j’ai tout le temps envie de me battre et de ne pas me laisser aller. J’ai essayé de prendre le bon côté des choses à chaque fois. Je voulais montrer à mes enfants que leur maman est une battante. Je suis fière de ce combat, de montrer qu’on y arrive.

​Aujourd’hui je me dis qu’il ne peut plus rien m’arriver et que c’est comme ça que je vais réussir à me reposer. Et j’espère pouvoir profiter de la vie, en prenant soin de moi et en prenant le temps. 

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Claire

Quand j’ai réussi à regarder mon sein après l’opération, je me suis dit: "Plus jamais. Plus jamais je ne pourrai me regarder dans le miroir, plus jamais je ne pourrai avoir une sexualité normale, plus jamais je ne pourrai me mettre en maillot de bain. Plus jamais. Comme si c’était la fin d’un corps, la fin de mon corps… J’avais un corps inconnu devant moi. 

Vivre sans sein, c’est comme un handicap. C’est vivre avec une différence. Tu ne te sens plus dans la normalité, tu penses qu’on ne voit que ça. Et c’est plus fort que toi, tu as envie de redevenir normale. La réalité est que tu ne peux pas redevenir comme avant. 
Tout mon travail s'est fait autour du "comment accepter cette différence et comment la mettre en valeur", "comment en faire une force".  Moi, c’est par ce tatouage là que j’ai réussi à le faire. Je me suis dit « je peux être différente, je peux mettre mon sein en valeur, et je peux accepter de vivre avec ». 

​Et c’est comme ça que je me suis réapproprié mon corps.

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